|
Accueil La Société hier Bulletin de la Société Fonds d'archives Contacts Liens |
|
|
Société J.‑K. Huysmans |
|
|
Historique |
Les débuts de la Société
Dans les années qui suivent la mort de Huysmans, ses amis et ses admirateurs commencent à se réunir pour célébrer sa mémoire. Le 17 mai 1924, un article fantaisiste d’André Thérive publié dans Les Nouvelles littéraires révèle au public l’existence d’un « Huysmans Club », né vers la fin des années 1920, où les aficionados « mangent ensemble un repas conforme aux menus immortalisés par le Maître » : « les membres du club sont des sages », écrit Thérive, « et ils préfèrent, le cas échéant, manger plus mal dans un lieu excitant pour la rêverie à se régaler dans une officine d’aspect vulgaire et moderne » (« Indiscrétions sur le Huysmans Club », Les Nouvelles littéraires, 17 mai 1924). Il évoque alors un repas où sont « command[és] des mets atroces à la vue : des lentilles noyées dans leur eau, des frites qui sentaient le graillon de 1885, des biftecks qui défiaient la dent ». Le club, précise-t-il, « ne se réunit pas d’avril à septembre. Il fait trop beau, trop chaud, trop clair. Nous n’aimons que les jours de pluie, le pavé gras, l’heure du chien-de-loup où les parapluies se courbent sous les gouttières ». Parmi les noms des convives du « banquet qui se tint au “Chariot d’Or”, près de la place d’Italie », on trouve bien sûr celui de Descaves, ce jour-là « enrhumé ». La perspective plus sérieuse de la fondation d’une société littéraire est signalée dans Le Temps le 31 mai 1924 : « C’est le moment pour la petite phalange [des] admirateurs [de Huysmans] de se grouper et de faire front » (J. B., « Un nouveau club », Le Temps, 31 mai 1924). Pour honorer la mémoire de l’écrivain, une société d’amis, reconnue par cette loi de 1901 qui avait fait tant de tort à l’oblat et à ses amis bénédictins, est créée. Lucien Descaves est l’instigateur du projet avec Léon Deffoux, Pierre Galichet et Pierre Lièvre. Voici ce qu’on lit à ce sujet dans Le Temps, le 25 juin 1926 :
Sur l’initiative de M. Lucien Descaves, une « Société J.-K. Huysmans » vient de se constituer afin de faire respecter les droits posthumes de l’écrivain lorsque ses héritiers et son exécuteur testamentaire auront disparu. On sait que la publication des inédits et surtout de la correspondance de Huysmans doit être soumise à des règles strictes. La première réunion a eu lieu hier. Y assistaient les membres fondateurs de la société : MM. Lucien Descaves et Pol Neveux, de l’académie Goncourt ; Léon Deffoux, Pierre Dufay, René Dumesnil, Pierre Galichet, Georges Le Cardonnel, Pierre Lièvre, André Thérive et Émile Zavie. MM. Paul Valéry, de l’Académie française, et l’abbé Mugnier, avaient envoyé leur adhésion et l’on prévoit que plusieurs amis de J.-K. Huysmans assisteront à la prochaine réunion, en octobre. M. Lucien Descaves a été nommé président ; M. Galichet, secrétaire général, et M. Pierre Lièvre, trésorier de la « Société J.-K. Huysmans ». Les communications doivent être adressées soit au président (46, rue de la Santé, Paris, 14e), soit au secrétaire général (19, boulevard Montparnasse, Paris, 6e).
Le communiqué est reproduit dans plusieurs journaux, notamment dans Paris-Soir le 25 juin, dans La Liberté et dans le Mercure de France le 15 juillet, dans Les Nouvelles littéraires le 21 août. Une autre réunion se tient le 15 novembre 1926, une autre le 12 février 1927. Ces assemblées annuelles de la Société se poursuivent jusqu’à nos jours. Le premier secrétaire général, Pierre Galichet, a dressé scrupuleusement, dans des cahiers que la Société conserve dans ses archives, le compte rendu des discussions savantes et animées des débuts de la Société. En mars 1928, paraît le premier numéro du Bulletin de la Société J.‑K. Huysmans. Un discours de Lucien Descaves, prononcé le 12 mai 1927 dans l’église Saint-Séverin, à l’occasion du vingtième anniversaire de la mort de Huysmans, figure en tête du numéro 1 du Bulletin. Descaves, président de la Société, revient sur un point qu’il juge, en tant qu’exécuteur testamentaire, fondamental :
Nous avons besoin maintenant de votre collaboration effective à tous. Vous avez un rôle à remplir. Il vous appartient de nous signaler, à l’occasion, les trafics auxquels donnerait lieu la correspondance d’Huysmans. Il n’a pas voulu qu’elle fût publiée. J’ai dû intervenir, dernièrement encore, pour le rappeler à un marchand d’autographes. En effet, tandis que nous nous opposons à la publication des lettres d’Huysmans en volume ou dans les journaux, certains marchands, pour exciter, dans leurs catalogues, la convoitise des amateurs, reproduisent maintenant la plus grande partie des lettres qu’ils mettent en vente, au lieu de se borner à la désignation succincte dont ils s’étaient toujours contentés. Il y a là un abus intolérable, et s’il faut, pour le faire disparaître, un jugement des tribunaux, nous le provoquerons.
(« Le vingtième anniversaire de la mort de J.‑K. Huysmans », Bulletin de la Société J.‑K. Huysmans, n° 1, mars 1928, p. 5.)
Extrait de l'article de Philippe Barascud : « Lucien Descaves et Huysmans », dans Lucien Descaves [actes du colloque de Brest « Autour de Lucien Descaves » 25-26 novembre 2005, organisé par Pierre-Jean Dufief à la Faculté des Lettres et Sciences humaines Victor Segalen], textes rassemblés par Pierre-Jean Dufief, avant-propos de Jean-Claude Descaves, Tusson, Du Lérot, 2007, p. 247-250. |