Dernières parutions (2013-2017)

   

 Correspondance de J.-K. Huysmans avec Henriette Maillat, suivie de lettres adressées par        Henriette Maillat à Jules Barbey d’Aurevilly, Léon Bloy, Edmond de Goncourt et Jehan Rictus
 Édition présentée et annotée par Jean-Marie Seillan
 Du Lérot éditeur, Tusson, Charente, 2016 
   

   On sait que J.-K. Huysmans a publié en 1891 dans Là-bas, en les attribuant au personnage de Mme Chantelouve, des extraits des lettres d’amour que lui avait adressées une de ses maîtresses, Henriette Maillat, quelques années auparavant. Compagne de Joséphin Péladan, cette jeune femme mal connue a entretenu une correspondance amoureuse passionnée – et parfois intéressée – avec plusieurs autres écrivains appartenant le plus souvent à la mouvance catholique. Elle a également figuré sous pseudonyme dans divers romans à clés de l’époque.
   Précédé d’une introduction intitulée « Henriette Maillat, une femme égarée au pays des écrivains », ce volume rassemble et annote les lettres en grande partie inédites qui subsistent de sa correspondance avec ces écrivains (Huysmans, Barbey d’Aurevilly, Léon Bloy, Edmond de Goncourt, Jehan Rictus) et y joint vingt-huit réponses inédites de Huysmans. Les textes ont été établis sur les originaux ou les copies conservés dans le fonds Lambert de la Bibliothèque de l’Arsenal ou par la Bibliothèque nationale de France.

Huysmans. Revue des lettres moderne 3

   

   Huysmans et les arts
   Sous la direction de Jérôme Solal
   Série Joris-Karl Huysmans, vol. 4
   Classiques Garnier, coll. La Revue des lettres modernes, 4 mai 2016 
   

   Quatrième volume de la Série « Joris-Karl Huysmans » de la collection « La Revue des lettres modernes », Huysmans et les arts offre treize contributions qui éclairent la relation de Huysmans à l’art, spécialement la peinture, sans oublier la musique et l’architecture.

   Huysmans est un œil qui jouit de voir et d’imaginer. Il pratique la critique d’art avec constance, s’intéressant à la fois aux artistes de son temps – impressionnistes, peintres des marges de la société, symbolistes – et à ceux du passé – Primitifs, peintres de l’âge d’or flamand. Son discours sur les arts l’ouvre à une libre réflexion sur la modernité et sur les pouvoirs de la littérature qui, comme la peinture, explore son siècle et s’en échappe. 

Sommaire

Avant-propos, par Jérôme Solal.

I – ART CONTEMPORAIN : PEINTURE ET MUSIQUE
“Se débrouiller l’œil” : Huysmans face à Monet et Pissarro, par Aude Jeannerod.
Huysmans et Degas briseurs d’images : les miroirs de la représentation, par Éléonore Sibourg.
Huysmans et Raffaëlli : regards croisés, par Clément Siberchicot.
Joris-Karl Huysmans et Jean-Louis Forain : conversions croisées, par Chantal Vinet.
Peindre les ruines de l’Empire : Huysmans et Zola face à l’œuvre de Gustave Moreau, par Nicolas Valazza.
De l’épiphanie du poison à la danse des tréponèmes : une contamination picturale huysmansienne, par Delphine Durand.  
Huysmans-Whistler : de “lestes et profonds accords”, par Ludmila Virassamynaïken.
 « L’Ouverture de Tannhäuser » ou l’imagination concrète de Huysmans, par Arnaud Vareille.  
 
II – ART ANCIEN : PEINTURE ET ARCHITECTURE
Huysmans esthète et antisémite : hantise à Francfort, par Jérôme Solal.  
Ut pictura poesis : Huysmans, la critique d’art et le poème en prose, par Bernard Bourgeois.  
Le Drageoir : un objet littéraire et artistique, par Jonathan Devaux.   
Huysmans et l’art religieux, par Gaël Prigent.  
Huysmans et l’architecture, par Joëlle Prungnaud.


  Joris-Karl Huysmans  
  Sac au dos
   Berg International, 21 avril 2016
      

   « Sac au dos » aurait pu être le journal de guerre de Joris-Karl Huysmans (1848-1907). Il en publia une première version en 1877 dans la revue L'Artiste à Bruxelles, avant de la remanier pour qu'elle soit être intégrée dans le recueil collectif de nouvelles intitulé Les Soirées de Médan, publié en 1880. L'écrivain n'est pas encore le symboliste décadent que l'on connaît. Au contraire, dans ce texte touchant, il décrit la guerre et ses souffrances dans le détail. Huysmans se montre naturaliste, sous l'influence de Zola, probablement pour se rapprocher au plus près de sa propre expérience. Alors qu'il n'avait que vingt-deux ans, la guerre franco-prussienne éclata et il fut incorporé au sixième bataillon des mobiles de la Seine. Il participa brièvement à la campagne mais fut victime de dysenterie et évacué à l'hôpital d'Évreux. Il a connu ce qu'il décrit : les wagons de bestiaux, les salles insalubres d'hôpital, la boue, les poux et le fumier dans les tentes, le manque de tout... Trois textes issus de sa propre expérience, « Le Chant du Départ », « La Léproserie » et « Chalons » servirent de base à l'écriture de « Sac au dos » qui n'est pas uniquement un témoignage personnel mais un récit au ton désabusé qui questionne la légitimité de toute guerre.

L'architecture cuite

   

   Joris-Karl Huysmans
   L'Architecture cuite, et autres textes
   L'Éclat, avril 2016 
   

   « Pour embellir cet affreux Paris que nous devons à la misérable munificence des maçons modernes, ne pourrait-on semer çà et là quelques ruines, brûler la Bourse, la Madeleine, le Ministère de la Guerre, l’église Saint-Xavier, l’Opéra et l’Odéon ? »

La langue de Huysmans , dont on n’épuisera jamais la richesse, reste le monument le plus pérenne du vieux dix-neuvième siècle, bien plus que la Tour Eiffel, bien plus que le piètre Trocadéro. Et qu’il faut prendre aussi pour ce qu’elle est : une arme acérée contre l’obsolescence ­programmée de l’homme, comme en témoignent ces écrits sur l’architecture.

1. Fantaisie sur le Musée des Arts Décoratifs et l’Architecture cuite. 2. L’architecture nouvelle. 3. Le fer. 4. Promenades à l’Exposition. 5. L’emblème. 6. Le monstre. 7. La symbolique de Notre-Dame de Paris. 8. En guise de biographie. Annexes : 1. Le Salon de 1879 (extrait). 2. Le nouvel album d’Odilon Redon. 3. Le quartier Notre-Dame. Notes sur les textes. 

   

  « Quatre ans seulement et pourtant : la distante proximité des deux versions d’Un dilemme de Huysmans  »
   par Bertrand Bougeois
   Australian Journal of French Studies, vol. 53 (1-2), 2016, p. 109-122
      

   La nouvelle Un dilemme de Huysmans a paru pour la première fois en deux parties dans La Revue indépendante (1884). Quatre ans plus tard, Huysmans a publié une version remaniée de la nouvelle chez Tresse et Stock. En dépit de leur proximité temporelle, les deux versions révèlent de nombreuses différences: additions, retranchements, modifications de mots, de phrases, voire de paragraphes entiers. De telles modifications apparaissent moins superficielles qu’idéologiques : elles invitent à reconsidérer le processus d’écriture de Huysmans et à questionner sa traditionnellement admise rupture avec le naturalisme après À rebours (1884). Cet article part d’une comparaison minutieuse entre les deux états du texte afin de démontrer que le travail de réécriture permet à Huysmans de renforcer le caractère satirique d’un texte naturaliste qui dénonce l’injustice des lois régissant le concubinage et l’héritage à son époque.

Lire l'article 

Les Habitués de café
   
    Joris-Karl Huysmans
   Les Habitués de café
   Éditions Sillage, 30 novembre 2015

   Pour quelles raisons les habitués des cafés parisiens s’entêtent-ils à consommer dans un lieu public des alcools de qualité moindre et de prix plus élevé que ceux qu’ils pourraient savourer dans le confort de leur salon ? À quelle « hantise du lieu public » ce besoin peut-il correspondre ?

   On trouve dans les cafés des bavards en mal d’interlocuteurs aussi bien que des taciturnes en quête de tranquillité ; des joueurs, des ivrognes, des filous – et, invariablement, quelques phénomènes. C’est à cette sociologie que Huysmans s’attaque, avec la minutie et l’acidité qu’on lui connaît.

   Le présent recueil comprend quatre textes de Huysmans consacrés aux cafés, brasseries et autres cabarets : « Les habitués de café », « Le buffet des gares », « Une goguette » et « Le point-du-Jour ».

Huysmans. Revue des lettres moderne 3

   

   Huysmans, ou comment extraire la poésie de la prose
   Sous la direction de Jérôme Solal
   Série Joris-Karl Huysmans, vol. 3
   Classiques Garnier, coll. La Revue des lettres modernes, 19 novembre 2015 
   

   L’appartenance générique n’y fait rien : avènement de spiritualité et de rythme, la poésie peut investir tout texte, en vers comme en prose. Huysmans rejette la tentation poétique qui s’enferre dans le vers et, à deux reprises, s’essaye à la « poésie en prose », née au mitan du siècle, puis l’abandonne : c’est dans l’étoffe romanesque qu’il trouvera son souffle propre et ses visions en mettant en forme, poétiquement, la réalité brutale et triviale.

   Les treize textes qui composent ce volume questionnent la nature du lien entre le poétique et le prosaïque, entre l’obsession de la beauté et la conscience d’une réalité dégradée : Huysmans, ou comment extraire la poésie de la prose.

Sommaire

Avant-propos, par Jérôme Solal.
 
I – PREMIERS PAS
Poésie en prose et prose poétique : le cas du Drageoir aux épices de Huysmans, par Patrice Locmant.
De l’“of meat” poétique chez Huysmans : le poème en prose et la description picturale, par Jérémy Lambert.
Poétique picturale de la prose dans Le Drageoir aux épices et les « Croquis et eaux-fortes », par Aude Jeannerod.
 
II – PROMENADES PARISIENNES
Croquis quotidien (Croquis parisiens), par Marc Smeets. 
Croquis parisiens : la différence de Huysmans, par Éléonore Reverzy. 
Chemins de prose : Huysmans et l’écriture déambulatoire, par Henri Scepi. 
 
III – PRINCIPES
À rebours, un nouvel art (poétique) moderne ?, par Benoîte Boutron. 
Poétique du plein chant : du latin profane à l’“idiome catholique”, par Catherine Haman-Dhersin. 
La Poétique huysmansienne du poème en prose, entre théorie et pratique, par Émilie Pezard. 
 
IV – PASSERELLES
À la recherche d’une poétique : les poèmes en prose du Drageoir aux épices face aux romans, par Stéphanie Guérin-Marmigère.
Pour une poésie administrative, par Alice De George-Métral. 
Le Cercle des poetae minores, par Sylvie Thorel.
Le Poème en prose au risque des images, par Camille Fillot. 

   
   Jérôme Solal
   Huysmans avec Dieu. Aise et disgrâce
   Classiques Garnier, coll. Études romantiques et dix-neuviémistes, 21 octobre 2015

   Ce livre poursuit l'enquête de Huysmans avant Dieu. Pour l'écrivain converti, la quête du sens passe encore par la recherche d'un lieu d'intimité et de souveraineté. Entre aise et disgrâce, Huysmans retrace en sept récits l'avancée chaotique vers ce lieu, auquel Dieu donne son nom.


   Carine Roucan
   Le « Roman de Durtal » de Joris-Karl Huysmans : une autofiction ?
   Éditions universitaires europeennes, 29 septembre 2015

  

   La tétralogie du Roman de Durtal trouve son unité dans le personnage principal à travers lequel Joris-Karl Huysmans retrace les étapes de sa conversion, dans une oeuvre de fiction, composant ainsi une autofiction. Sa démarche d'écriture correspond à celle de Serge Doubrovsky, qui a théorisé le concept d'autofiction à partir de 1977. J.-K. Huysmans met en scène sa personnalité et certains épisodes de sa vie, dans l'objectif de comprendre sa conversion, de l'accomplir, et de renouveler le genre romanesque. Il se prend lui-même comme objet d'étude, dans une « aventure du langage » qu'il nomme le Naturalisme Spiritualiste. Fidèle à l'esthétique décadente, il mêle sa vie et son œuvre et se transpose dans ses récits à travers le personnage Durtal et à l'aide d'éléments romanesques et d'éléments de non-fiction. Il crée ainsi une oeuvre-miroir de sa conversion, instaurant un jeu de reflets entre l'auteur, le narrateur et le personnage, représentatif des écritures de soi.


   Gustave Vanwelkenhuyzen
   J.-K. Huysmans et la Belgique
   Préface d’André Guyaux
   Bruxelles, Samsa-Académie royale de langue et de littérature françaises, juin 2015.

   Le grand retentissement d’un livre peut ressusciter quelquefois des personnalités et des phénomènes menacés par l’oubli. C’est l’effet que produisit, pour Joris-Karl Huysmans, sa présence prégnante dans le dernier roman de Michel Houellebecq. Le succès immédiatement international de Soumission a eu pour effet collatéral un regain d’intérêt inattendu pour l’auteur d’À rebours, écrivain fin-de-siècle auquel le protagoniste du livre-événement qui restera associé à l’attentat contre Charlie Hebdo accorde tous ses soins, et dont le cheminement spirituel s’inspire. Le moment était venu, a-t-il semblé à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, d’exhumer l’essai que l’un de ses membres, Gustave Vanwelkenhuyzen, il y a 80 ans de cela, consacra aux relations étroites que Huysmans entretint avec la Belgique. Belgique qui, au demeurant, est très présente aussi dans Soumission, dont le personnage central tour à tour se désole et se réjouit de la fermeture, suivie heureusement de la réouverture, de l’hôtel Métropole, place de Brouckère à Bruxelles...

   
   Joris-Karl Huysmans
   Paris et autres textes
   L'Herne, 10 juin 2015

   « Le gaz s'allume au Palais-Royal et déploie son éventail de flammes jaunes ; les restaurants étalent à leurs vitrines des mets qui ne se mangent : poissons aux écailles d'azur et aux cottes d'argent, chevreuils aux chairs d'un rouge de pourpre, pistaches vertes, truffes noires, langoustes écarlates, pommes laquées de rose, et tout cela coûte deux francs... pour n'en pas manger ! En haut, c'est la cohue, les garçons s'élancent, crient, se disputent, bousculent les gens qui mangent et, dans ce vacarme de pas, de heurts, de hurlements, une petite cuiller qui sonne, en tombant, jette sa note aigrelette, tandis que le «ouf» des bouteilles que l'on débouche détonne sur le cliquetis des verres qui se brisent. » J.-K. Huysmans

   Ce texte a été publié pour la première fois dans le Bulletin de la Société J.-K. Huysmans, n° 51, 1966, par Pierre Lambert, qui avait eu un « court moment d’hésitation » avant de le publier, étant donné sa violence particulière. Il date le texte du retour de Lygugé, en 1901 ou 1902. Il est postérieur à l’Exposition de 1900, à laquelle Huysmans fait allusion.

   Maurice Garçon, de l'Académie française
   Journal (1939-1945)
   Édition établie, présentée et annotée par Pascal Fouché et Pascale Froment,
   Les Belles Lettres, 15 mai 2015

   Maurice Garçon (1889-1967) fut l'un des plus grands avocats de son temps.
   De 1912 à sa mort, il a consigné presque chaque soir les événements, petits et grands, dont il était le témoin ou l’acteur.
   Ce premier volume de son journal inédit couvre, parfois heure par heure, la guerre, la défaite, l’Occupation et la Libération. À cinquante ans, l’avocat est alors au sommet de son art. Dans ces chroniques, il révèle aussi des qualités d’observation et un talent d’écriture enviables. Il y a du Albert Londres chez Maurice Garçon. Curieux de tout, il sillonne Paris et la province, furète, recoupe, rédige, avec le mérite constant, et rare, de s’interdire toute réécriture : c’est un premier jet qu’on lit sur le vif.
   Maréchaliste de la première heure, il fait volte-face à l’armistice et, après le vote des pleins pouvoirs à Pétain, ne cessera plus de fustiger « le Vieux ». Fureur patriote, chagrin sans pitié, colère, espoir, désespoir. Honte de la collaboration. Virulence contre les nouvelles lois de Vichy. Son journal déborde. Portraits, anecdotes, détails méconnus foisonnent.
   Croisées au Palais de justice, les figures du barreau, souvent têtes d’affiche de la politique, deviennent familières. Maurice Garçon connaît tout le monde, est de tous les grands procès, des dossiers criminels aux affaires politiques.
   Ses plaidoiries érudites ont fait de lui, dès avant guerre, un avocat littéraire, voire mondain, futur académicien. Toute une galerie de personnalités en vue défile dans ses pages, écrivains, peintres, comédiens, éditeurs.
   Nous voici conviés à une ahurissante traversée des années noires, histoire immédiate haletante.

   

   Joris-Karl Huysmans
   En ménage
   Préface de Patrice Locmant
   Équateurs, 30 avril 2015 
   

   Marié et écrivain sans succès, André, surprend sa femme Berthe en flagrant délit d'adultère. Il trouve refuge chez son ami Cyprien, peintre et irréductible célibataire, et jure qu'on ne l'y reprendra plus. Mais le temps fait son œuvre et la vie de garçon le lasse. C'est la « crise juponnière » ! Les deux anti-héros aux prises avec leurs pulsions et frustrations sexuelles finissent par se remettre en ménage. Vision très pessimiste du couple, En ménage dresse une critique sociale pleine d'ironie et de raffinement qui doit autant à Schopenhauer qu'à Baudelaire. 
   La plume nerveuse et incroyablement riche de Huysmans fait aussi le ménage du côté de la littérature en mettant à la fois en œuvre et en procès le roman naturaliste qu'il réinvente. A rebours des conventions, ce roman d'éducation - ou de désapprentissage - est d'une modernité foudroyante dans son analyse presque médicale du couple et de la sexualité. Cette œuvre farouchement décadente dissèque le mariage comme une maladie et attaque au vitriol l'ordre bourgeois autant que son hypocrisie.

  
   Joris-Karl Huysmans
   Sainte Lydwine de Schiedam.
   Précédé de Au lit avec Lydwine par Jérôme Solal
   Grenoble, Jérôme Millon, coll. Golgotha, 17 avril 2015
   Publiée en 1901, l’hagiographie Sainte Lydwine de Schiedam nous transporte dans la Hollande médiévale, lors de l’intersiècle tourmenté des XIVe-XVe siècles. Clouée sur un grabat durant trente-huit années, frappée par de terribles maladies, Lydwine s’extrait peu à peu de sa « chrysalide d’horreur » : l’alitée pratique le voyage immobile, défie les lois de la nature et s’immole avec gourmandise.
   Cette épopée de la douleur mêle le sublime et le gore. Huysmans nous place au plus près de la sainte, il nous embarque au lit avec Lydwine. Il décrit ses multiples pathologies et montre comment de telles tortures peuvent devenir adorables. L’aventure extrême de son héroïne illustre à ses yeux le principe de la substitution mystique.


   Jean Bricaud
   Joris-Karl Huysmans et le Satanisme
   Belladone, 30 mars 2015

   Quand il écrit ce texte en 1913, Jean Bricaud affirme que la pratique satanique n’est pas reléguée aux temps obscurs du Moyen Âge. Pour nous en convaincre, il reprend les écrits et les expériences de l’auteur Joris-Karl Huysmans, arguant qu’il était « un des mieux renseignés sur ces effroyables rites, aussi bien pour le passé que pour le présent ».

   

   Émile Zola, Guy de Maupassant, Joris-Karl Huysmans, Henry Céard, Léon Hennique, Paul Alexis
   Les Soirées de Médan
   Présentation, notes, dossier, chronologie, bibliographie par Alain Pagès et Jean-Michel Pottier
   Flammarion, coll. GF, 11 mars 2015 
   

   Le recueil des Soirées de Médan (1880) témoigne de l'aventure littéraire exceptionnelle qui a réuni, autour de la défense du naturalisme, Zola et cinq de ses amis et disciples. Centré sur la guerre de 1870, cet ensemble de nouvelles, qui offre un condensé de l'écriture naturaliste, montre la faillite de l'autorité dans un monde dont la plupart des repères se sont effondrés face au drame de l'invasion et de l'occupation. Ce volume contient : L'Attaque du moulin, par Émile Zola Boule de suif, par Guy de Maupassant Sac au dos, par Joris-Karl Huysmans La Saignée, par Henry Céard L'Affaire du Grand 7, par Léon Hennique Après la bataille, par Paul Alexis

   
   Heidi Brevik-Zender
   Fashioning spaces: mode and modernity in late nineteenth-century Paris
    University of Toronto Press, Scholarly Publishing Division, 19 février 2015

   In Fashioning Spaces, Heidi Brevik-Zender argues that in the years between 1870 and 1900 the chroniclers of Parisian modernity depicted the urban landscape not just in public settings such as boulevards and parks but also in “dislocations,” spaces where the public and the intimate overlapped in provocative and subversive ways. Stairwells, theatre foyers, dressmakers’ studios, and dressing rooms were in-between places that have long been overlooked but were actually marked as indisputably modern through their connections with high fashion. Fashioning Spaces engages with and thinks beyond the work of critics Charles Baudelaire and Walter Benjamin to arrive at new readings of the French capital.

   Examining literature by Zola, Maupassant, Rachilde, and others, as well as paintings, architecture, and the fashionable garments worn by both men and women, Brevik-Zender crafts a compelling and innovative account of how fashion was appropriated as a way of writing about the complexities of modernity in fin-de-siècle Paris.

   Le sixième chapitre porte sur l'œuvre de Huysmans : 

   A Woman’s Work(space): Dressmaking Ateliers in Huysmans’s En Ménage and Rachilde’s Late-Century Novels.

   
   Bernard Gendrel
   Les Voies de la mémoire. Chateaubriand, Balzac, Huysmans
   Hermann, coll. Savoir lettres,  15 janvier 2015
 
  L’art de la mémoire semble avoir complètement disparu au xixe siècle. Il ne fait plus l’objet de traités comme au Moyen Âge et à la Renaissance et n’inspire plus, apparemment, la littérature ou la peinture. Pourtant, à y regarder d’un peu plus près, on s’aperçoit que son fantôme rôde encore dans notre culture à l’époque romantique ou symboliste. La Vie de RancéLa Comédie humaine et La Cathédrale se trouvent reproduire, de manière plus ou moins consciente, une structure proche des arts de la mémoire médiévaux. C’est peut-être même là que se situe la clé de compréhension de ces œuvres – et de leur réussite. Contrairement à l’idée reçue, il y eut bien quelques auteurs pour emprunter, au siècle des révolutions, les antiques voies de la mémoire. 
  Le trosième chapitre de cet ouvrage est consacré à La Cathédrale de Huysmans (p. 85-112).
     
   
  Jules Bois, Préface de Joris-Karl Huysmans
   Le Satanisme et la magie.
   Précédé de Bois et Huysmans par François Angelier
   Grenoble, Jérôme Millon, mai 2014
  

   La Vierge Marie dans la littérature française. Entre foi et littérature
   Actes du colloque international de l’Université de Bretagne-Sud, Lorient, 31 mai-1er juin 2013
   Sous la direction de Jean-Louis Benoit
   Lyon, Jacques André, coll. « Colloques universitaires », avril 2014.
 
  La Vierge Marie, dans le christianisme, est une médiatrice entre l’humanité et son divin Fils. Elle est la mère miséricordieuse qu’il a donnée du haut de la croix. Son culte a été toujours populaire. L’objet de ce colloque est d’étudier les représentations qui ont été données d’elle dans la littérature française des origines à nos jours, en relation critique avec l’histoire de la culture. En parcourant les diverses époques et les genres, on verra comment, dans des contextes historiques bien différents, sa figure marque la lyrique, le théâtre et même le roman, où elle constitue un modèle idéalisé de la femme. À la fin du XIXe siècle elle incarne un recours pour « sortir du naturalisme » par la voie spirituelle. Pourquoi, aux XXe et XXIe siècles, inspire-t-elle, contre vents et marées, de nombreux poètes qui la chantent dans un monde désenchanté ? Visage féminin de Dieu, « à la fois pure et charnelle » (Péguy), mère du Verbe, silencieuse et méditative, elle rappelle la sacralité initiale et oubliée du langage des poètes.

Avec quatre contributions portant sur l'œuvre de Huysmans :

Gaël Prigent, « La Vierge corédemptrice : une figure mariale de la littérature fin-de-siècle ? »
La présence de la Vierge dans la littérature fin-de-siècle et décadente est connue. À y regarder de près, on constate surtout que la Vierge y est présentée sous les traits de la Médiatrice, voire souvent qualifiée de corédemptrice, comme chez Huysmans et Bloy par exemple. Loin de devoir surprendre, cette caractérisation, à laquelle René Laurentin consacra une étude, est on ne peut plus orthodoxe, en tout cas beaucoup moins scandaleuse qu’il n’y paraît. Un simple historique de ce titre marial et une rapide étude des lectures spirituelles des deux écrivains suffit à montrer qu’il relève seulement chez eux d’une propension à accentuer une certaine dimension du culte marial de leur époque, conformément à leur sensibilité doloriste et à leur dévotion à Celle qui joua un rôle éminent dans leur conversion.

Carine Roucan, « La Sainte Mère dans la tétralogie de Durtal de Huysmans : un élément de l’autofiction. »
Dans la tétralogie de Durtal (Là-bas, En route, La Cathédrale et L’Oblat), J.‑K. Huysmans présente un reflet de lui-même pendant sa conversion, à travers le personnage de Durtal. La Sainte Vierge est une figure importante dans sa conversion et dans ses récits, d’autant plus que l’auteur l’intègre au système des personnages et aux éléments autofictionnels de ces quatre textes. La Vierge Marie passe ainsi de la religion au texte, de la spiritualité au monde terrestre. 

Éléonore Sibourg, « L’auteur, le roman et Dieu convertis : les métaphores de la Vierge Marie dans La Cathédrale de Huysmans. »
Selon Marie Blaise, la révolution romantique, innervant le xixe siècle, instaure les mécanismes de la conversion religieuse comme nouveaux fondements d’une littérature dont l’auteur est désormais le père. Cet article examine les représentations de Marie que Huysmans trace dans le roman qui lui est consacré, La Cathédrale : de la Mater dolorosa à la Vierge des artistes, pivot de la foi retrouvée, le converti la façonne à son image de même qu’il s’avance humblement vers elle. Tantôt blasphématoire, tantôt apologétique, l’écriture huysmansienne semble activer une double dynamique : « la Mère » se littérarise tandis que le texte lui-même se virginise. Conversion religieuse et conversion esthétique entremêlent ainsi leurs dynamiques : Marie se fait la clé de voûte d’un système qui réorganise le monde comme la littérature, l’écrivain quant à lui devient un croyant autorisé à manipuler le Verbe.

Jérôme Solal, « Huysmans à Lourdes, ou Marie à tout prix. »
Avec Les Foules de Lourdes, dernier livre publié de son vivant, Huysmans se dispense d’avatar fictionnel et assume à la première personne son statut d’enquêteur post-zolien et de chrétien « grincheux ». Dans sa relation à Marie, le pèlerinage à Lourdes s’apparente à une expérience de la dernière chance, après les échecs de Notre-Dame de Chartres et de La Salette. La Vierge se présente sous une forme moins sublime et moins intime, mais cette relative dévalorisation de la figure mariale rend possible la compassion. Elle offre ainsi à l’écrivain une chance de réconciliation avec les hommes et avec lui-même avant de boucler la boucle en revenant à Paris pour mourir.


   Joris-Karl Huysmans, Vladimir Velickovic
  Grünewald-Velickovic. Un absolu du visible
 
Préface de Yves Peyré

   Les Amis du livre contemporain, 2014

  « Une double lecture du polyptyque de Colmar ».
  L’une des compositions plastiques les plus admirables de l’Occident est paradoxalement le fait d’un artiste incertain auquel l’histoire a donné un nom de fortune. Matthias Grünewald est cette identité qui est presque une absence alors que l’œuvre qu’elle recoupe constitue une surprésence, à travers certes tous ses avatars dont la plupart sont prodigieux, mais surtout l’un, le retable d’Issenheim, qui s’élève jusqu’à un absolu du visible. Ce polyptyque a beaucoup fait songer. Il est inouï par chacun de ses panneaux, le moindre détail est un appel à la vision, l’ensemble pris dans sa globalité est enivrant.
   Une telle prouesse a toujours arrêté, elle a suscité la fascination et le goût de rivaliser : de la réplique picturale au commentaire poétique. Il est loin d’être indifférent de vouloir y revenir aujourd’hui par un livre mêlant mots et images. En l’occurrence, les grands textes en sympathie de Huysmans sont accompagnés par des figures de Velickovic, le livre offre en parallèle deux lectures de la sublime densité proposée par Grünewald.
   Le comble de la douleur et du salut ne pouvait qu’attirer Huysmans. Grünewald doit être considéré comme sa préférence intime en peinture, les angles d’attaque retenus pour son retable annoncent les diverses étapes de la vie de l’écrivain : l’outrance dans le rendu morbide, la subtilité des signes et l’anéantissement dans l’illumination. Par la chair de sa langue, Huysmans répond au tumulte et à la toute paix. Déjà, dans son roman Là-bas, il avait consacré au Grünewald d’une autre Crucifixion des pages splendides, mais c’est dans son essai très baudelairien des Trois Primitifs qu’il donne une équivalence verbale de son modèle. Il souffre avec lui, il gémit de joie et de gloire en sa compagnie. Il s’abîme en lui et il est au faîte de sa langue.
   [...]
   Yves Peyré

   Lire la suite

 

 
   Pierre Laurens

   Histoire critique de la littérature latine. De Virgile à Huysmans
   Les Belles lettres, janvier 2014
   
  Ce que nous savons de la littérature latine et qui nous est présenté dans un cadre chronologique impeccable est une construction, une appropriation, fruit d'une conquête héroïque : des œuvres arrachées au néant par le travail des copistes, retrouvées par les Pétrarque, les Poggio Bracciolini, infatigables chasseurs de manuscrits, rendues à leur vérité textuelle et historique par des philologues brûlant de l’ardor eruditionis, diffusées par les éditeurs, les traducteurs ; constamment réinterprétées, réinventées à travers une longue série d’aléas et de débats passionnés qui réactualisent le canon, débats qui dépassent l’académie, enflamment la République des Lettres, mobilisent notamment ces lecteurs privilégiés que sont les grands écrivains. Aussi ces pages, qui racontent l’histoire de cette histoire, offrent-elles, à côté de Virgile et d’Ovide, à côté de Politien, de Juste Lipse, de Lachmann, les noms de Montaigne, Hugo, Laurent Tailhade, Huysmans.
   Rendu possible par les nombreux travaux qu’a suscités, par delà l’Humanisme, l’intérêt porté à l’histoire de la réception, le point de vue choisi commande l’organisation du livre. En premier lieu, détachés des autres par leur œuvre polyvalente et réunis sous le titre, repris à Dante, de « La Bella scuola », quatre noms qui n’ont jamais disparu de l’horizon, astres majeurs au « ciel » de la littérature latine : Virgile, Cicéron, Horace, Ovide. Suivent, vaste zodiaque, les représentants des principaux genres de prose et de poésie : Philosophie (Lucrèce, Sénèque, les Platonismes), Histoire, Théâtre, Roman, les Genres poétiques (Épopée, Élégie, Satire, Épigramme, Fable et Silve, les Poètes « mineurs »), Épistoliers et Orateurs et enfin Théorie de l’éloquence. Une troisième partie est consacrée à la Littérature technique (Pline,Vitruve, etc.) et érudite (les polygraphes, les grammairiens). Écrit sous la plume savante et sensible de Pierre Laurens, enrichi de nombreux extraits en traduction, l’ouvrage se clôt par une quatrième partie consacrée à cette poussière d’étoiles qu’on appelle la « Littérature latine inconnue ».
 


   Joris-Karl Huysmans
   Félicien Rops, suivi de Le monstre
   Angoulême, Marguerite Waknine, coll. Livrets d’art, janvier 2014

   L’histoire ne manque pas d’exemples concernant les multiples rapports qu’entretiennent les hommes de lettres avec le monde des arts. À cet égard, suffit-il un instant de songer aux deux figures emblématiques que furent Baudelaire et Diderot. Toutefois, dans le cas de Joris-Karl Huysmans (1848-1907), l’auteur des célèbres récits À rebours et Là-bas, ces rapports semblent vouloir se raffermir encore, comme s’il existait autant d’art en littérature et inversement, et qu’il s’agissait d’établir au fond une sorte de rendez-vous ferme et définitif entre ces deux mondes. Mais Huysmans n’était-il pas issu d’une lignée d’artistes, au point qu’il puisse en dire : « De père en fils, tout le monde a peint dans cette famille » ; et doit-on feindre d’ignorer que sa vocation d’écrivain lui viendra de ses premières visites au Louvre.
  Autrement dit, non pas un critique d’art, mais un écrivain d’art, un artiste écrivain, qui s’est autant intéressé à la peinture de son temps qu’à celle des siècles précédents, au long de nombreux textes éblouissants tant par leur style que leur érudition, dont celui sur l’artiste belge Félicien Rops, reproduit dans ces pages, auprès de l’admirable petit essai consacré par Huysmans à la question du monstre en art.


  Joris-Karl Huysmans
   Dom Bosco. Précédé de Dieu le père célibataire par Jérôme Solal
   Grenoble, Jérôme Millon, 2013
   
  En 1902, dans un climat idéologique tendu, le gouvernement d’Émile Combes s’efforce de soustraire l’enseignement à l’influence catholique. Sollicité par le poète François Coppée pour faire connaître l’œuvre de Dom Bosco dont les écoles sont menacées par les nouvelles lois républicaines, Huysmans le converti écrit son Esquisse biographique sur Dom Bosco.
   Tout semble opposer l’écrivain, célibataire pédophobe, et le saint italien, qui a voué sa vie à l’éducation des enfants orphelins ou abandonnés. Pourtant Huysmans est fasciné par la quête effrénée de Dom Bosco pour trouver un abri durable à ses protégés. En outre, à travers l’institution salésienne, Dom Bosco développe une conception originale de l’éducation qui séduit Huysmans car elle échappe au modèle naturaliste de la famille bourgeoise : la mère inexistante est d’emblée hors jeu et le père aimant se démultiplie et se déterritorialise.


  Jef Van Kempen
   J.-K. Huysmans à Tilburg
  Traduit du néerlandais et annoté par Jan Landuydt
   [Mechelen], 2013


    Lire le texte  

 
   Matthew Potolsky
   The Decadent Republic of Letters: taste, politics, and cosmopolitan community from          Baudelaire to Beardsley
   Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2013
   
  While scholars have long associated the group of nineteenth-century French and English writers and artists known as the decadents with alienation, escapism, and withdrawal from the social and political world, Matthew Potolsky offers an alternative reading of the movement. In The Decadent Republic of Letters, he treats the decadents as fundamentally international, defined by a radically cosmopolitan ideal of literary sociability rather than an inward turn toward private aesthetics and exotic sensation.
   The Decadent Republic of Letters looks at the way Charles Baudelaire, Théophile Gautier, and Algernon Charles Swinburne used the language of classical republican political theory to define beauty as a form of civic virtue. The libertines, an international underground united by subversive erudition, gave decadents a model of countercultural affiliation and a vocabulary for criticizing national canon formation and the increasing state control of education. Decadent figures such as Joris-Karl Huysmans, Walter Pater, Vernon Lee, Aubrey Beardsley, and Oscar Wilde envisioned communities formed through the circulation of art. Decadents lavishly praised their counterparts from other traditions, translated and imitated their works, and imagined the possibility of new associations forged through shared tastes and texts. Defined by artistic values rather than language, geography, or ethnic identity, these groups anticipated forms of attachment that are now familiar in youth countercultures and on social networking sites.

  Joris-Karl Huysmans
   À rebours
   Éditions l’Escalier, 2013


   Ce texte devait figurer au catalogue de l’Escalier. Renouvelant le genre romanesque, il fait le pont entre les auteurs classiques romantiques et les avant-gardes dadas et surréalistes qui naîtront quelques années plus tard.


  Joris-Karl Huysmans
  Controcorrente
   Introduzione di Agnese Silvestri; traduzione di Giovanna Coccetti
   Roma, La Biblioteca dell’Espresso, 2013


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